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Le monstre

Goémon à Quiberon Ça se produit en octobre, parfois mi-septembre, comme si la mer attendait le départ des derniers vacanciers pour recouvrir les plages de ces tas d’algues qui apparaîtraient nauséabondes aux amateurs de cartes postales.
En réalité, ça n’arrive que sur certaines plages, toujours les mêmes, des plages rugueuses, rocheuses, avares de sable, peu attirantes pour les touristes.
La mer a donc rejeté, en une nuit, l’équivalent de la masse vivante d’une baleine, haute de quelques dizaines de centimètres, étendue sur une centaine de mètres. Comme la baleine, la chair de goémon a commencé à fermenter, à pourrir. On prend l’odeur de plein fouet, on se dit que ça va sentir très mauvais, et ça sent très mauvais. Ça ramone jusqu’au fond des poumons, ça entre par les sinus pour pénétrer toute la boîte crânienne, on ressent la présence de cavités insoupçonnées dans le nez, dans le front, sous les tempes. Deux secondes plus tard, sonné par la violence olfactive, on se rend : impossible d’y échapper. On repère alors les senteurs de la mer, fraîches, vivantes, grouillantes. On dit « Ça sent l’iode », et on s’emplit de ces bienfaisantes vitamines aériennes. C’est une odeur que l’on n’oubliera pas. Désormais, elle nous attirera irrésistiblement vers la plage à chaque fois qu’on la percevra.

Goémon au Diben
Quelques jardiniers profitent de l’aubaine et prélèvent un peu de cet engrais naturel et gratuit. L’opération n’est sans doute pas rentable, car le travail de récolte est assez pénible. En réalité, ce ramassage est le prétexte à venir patauger dans le goémon, à le toucher, à le brasser pour mieux le sentir. Je soupçonne ces jardiniers, une fois qu’on a le dos tourné, de se vautrer tout nus dans le ventre du monstre…

Goémon au Diben

Goémon au Diben

Goémon au Diben

3 réflexions au sujet de « Le monstre »

  1. […] C’est la saison du goémon. J’aime beaucoup. J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de ces échouages automnaux : voir l’article Le monstre. […]

  2. […] échouées sur la plage vous fascinent autant que moi, allez faire connaissance avec “le monstre” sur ce […]

  3. comme quoi il ne faut pas s’arreter aux premières impressions, j’aime le mer l’hiver

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